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Ma faiblesse

Le 19 novembre 2013, 09:27 dans Humeurs 4

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On a tous une faille. Un endroit quelque part en nous qu’il suffit d’effleurer pour ressentir instantanément un pincement, un déchirement, une douleur.

La mienne est lointaine mais profonde et je ne me sens pas d’avancer dans ce blog sans la décrire, parce que finalement, je suis ma faille.

13 Septembre 1975, j’avais 4 ans, naissance de ma sœur.

27 Septembre 1975, j’avais 4 ans, mort de ma sœur.

De cette période je n’ai que peu de souvenirs, je ne me souviens même plus si je l’ai vue ou non. D’elle je n’ai que deux choses qui me viennent à l’esprit : son prénom et un tout petit cercueil blanc.

Je ne l’ai pas vu le cercueil, mais ma mère ne l’oubliera jamais, alors forcément, à force de temps, c’est comme si je l’avais vu aussi.

Mais je ne me souviens de rien.

Ni d’elle, ni de l’enterrement, ni du chagrin de mes parents. Aucun souvenir de cette période douloureuse qui a pourtant laissé une trace indélébile dans ma famille.

J’ai bien accepté tout ça, du moins c’est ce que je croyais.

Elle n’a jamais été un sujet tabou à la maison, du moins c’est ce que je pensais.

Mais nous n’en avons quasiment jamais parlé.

En grandissant quand on me demandait de parler de ma famille, j’ai toujours évoqué librement la mort de ma sœur, sans en ressentir le moindre chagrin, c’était la vie, c’était comme ça. Et puis quelques années après, ma petite sœur est née. Alors, le sujet a été clos.

Du moins c’est ce que j’imaginais…

En 2005, l’aventure la plus merveilleuse de ma vie a commencé : je suis devenue maman ! J’ai accouché de la merveille des merveilles, j’ai aimé mon fils inconditionnellement,  passionnément. Et parallèlement est né en moi un sentiment très fort, jusque là inconnu : la peur de le perdre…
Tous les soirs je le couchais en angoissant de ne pas le retrouver vivant le lendemain, cela me déchirait le cœur, mais je ne pouvais lutter.

Je ne savais pas que c’était ça être mère, personne ne m’avait expliqué cette douleur là, ça me faisait si mal. J’avais des images horribles dans la tête; d’enterrement, de petit cercueil, de moi en train de sombrer si je le perdais. Comme si il y avait en moi deux personnes ; à la Jekyll and Hide, une maman hyper heureuse de couver son petit le jour, une folle furieuse en proie à tous les désespoirs le soir. Mais je croyais que toutes les mamans étaient comme moi.

Cela a duré un an. Je ne comprenais pas. Je vous assure que je ne comprenais pas.

Ou bien je ne voulais pas comprendre.

Au bout d’un an, la peur était tout aussi viscérale, mais elle ne s’exprimait plus seulement le soir, c’était plus insidieux que ça…

Quand il a commencé à marcher, j’ai eu peur qu’il tombe, qu’il se fasse mal, et je l’ai assommé de mes : « Attention ! ».

Dès qu’il n’était pas avec moi, j’avais peur qu’il lui arrive quelque chose, comme si j’étais la seule à pouvoir le protéger. Quand il partait en vacances chez mes parents, j’aurais voulu qu’il reste dans la maison, qu’il ne sorte pas, qu’il ne parte pas en voiture avec son grand père comme il adore le faire…

Cela a parfois donné lieu à quelques situations bien cocasses, comme la fois où, en maternelle,  je suis arrivée en plein milieu de la cour d’école à l’interclasse pour lui prendre la température avec un thermomètre frontal, tout ça parce que je n’avais pas confiance en l’instit à qui j’avais dit : « Il n’est pas en forme ce matin, prévenez moi s’il a de la fièvre ! ».

J’avais d’ailleurs raison, il avait 39°5. Mais cela aurait il changé quoi que ce soit  que j’attende la sortie plutôt que de débouler comme une folle ?

Quel avenir étais-je  en train de fabriquer à mon petit ? Avec le recul et même en me relisant je trouve ça ridicule, mais sur le moment, c’était juste insurmontable. Du moins sans aide. Alors pour moi, pour lui, pour ne pas qu’il ait à trimballer mes casseroles, je suis allée consulter.

Et j’ai compris. Enfin.

Compris à quel point la mort de ma sœur m’avait meurtrie.

Si j’avais toujours compris la douleur de ma mère, de mon père, j’avais sous estimé celle de la petite fille que j’étais. La petite fille a qui on n’a parlé de rien pour ne pas lui faire de peine. La petite fille qui a finalement davantage souffert des silences, des tabous et des secrets. La petite fille qui a grandit avec une bombe à retardement au fond du cœur. 

Je n’en veux absolument pas à mes parents, ils ont fait comme ils ont pu pour gérer cette épreuve, mais je veux juste témoigner de la souffrance des frères et sœurs. Une sorte de dommage collatéral comme on dit aujourd’hui.

J’ai beaucoup travaillé, j’ai vite avancé, puisque j’avais compris. Aujourd’hui bien sûr, je mentirais de dire que je suis toujours parfaitement sereine, mais disons que je suis plus « normale », je m’inquiète seulement quand ca a lieu d’être, et encore !!!

Je veux par dessus tout, qu’il soit heureux, bien dans sa peau et autonome. Elever un enfant c’est savoir lui donner des racines et des ailes, c’est ce que je tente de faire chaque jour.

 Il y a quelques temps, je lisais le billet d’une maman blogueuse qui faisait part de son inquiétude de trop parler à son enfant de la mort de son grand frère. Je n’ai aucun commentaire à faire, je ne me le permettrais pas, même si je trouve cela formidable.

Je pense qu’elle a raison, c’est son grand frère, c’est son histoire, c’est sa famille, il a le droit de savoir, car de toute façon il le sait… C’est inscrit en lui.

C’est pourquoi après avoir soigné la petite fille en moi, j’ai pris le temps de tout expliquer à mon fils, mon histoire, la sienne ; et il a eu une très jolie réaction. A la hauteur du petit garçon bien dans sa peau et drôle qu’il devenait jour après jour…

Il a imité à merveille un vieillard s’appuyant sur une canne pour avancer et il m’a dit :

« Ne t’inquiète pas pour moi Maman, je ne mourrai que quand je serai très vieux comme ça »…

Il avait 5 ans et déjà tout compris.

De l’agonie à l’extase

Le 15 novembre 2013, 18:05 dans Humeurs 0

De l’agonie à l’extase

Publié le 15 novembre 2013

Un jour, mon super-héros-de-mari est rentré à la maison avec un magnifique bouquet composé de toutes les couleurs.

Oui mais voilà, je déteste les bouquets composés de toutes les couleurs… Pour moi, un bouquet c’est uni, avec une seule variété de fleurs, des roses. Blanches. Ou rouges. Ou d’un très joli rose pâle avec des liserés verts. Mais en aucun cas avec du jaune, du orange, beurk beurk et rebeurk ! Ce n’était pas le première fois qu’il m’offrait ce genre de bouquet, mais je n’avais jamais voulu le blesser, privilégiant le geste… Sauf que ce jour-là, je ne sais pas pourquoi, j’ai littéralement explosé :
« C’est quoi mes fleurs préférées ?
- Euh… Les roses ?
- Et c’est quoi ce bouquet ?
- Ben y en a des roses, regarde ces belles oranges !
- Je déteste les fleurs orange ! »

J’imagine que tous les hommes qui me liront penseront la même chose et que c’est d’ailleurs ce qu’il a dû penser sur le moment. Moi même je me suis détestée, je n’ai pas aimé cette réaction si disproportionnée et injuste. Je n’ai pas compris.

Quelques jours plus tard, alors que nous regardions un chef d’oeuvre de la culture cinématographique française – un gendarme avec mon idole Louis de Funès – j’ai vu une scène qui m’a profondément attristée. De Funès était en retraite et s’ennuyait. Il regardait son costume de gendarme et se sentait nostalgique du temps où il était en activité. Je me suis sentie submergée par une profonde émotion, un vif sentiment :
«  C’est triste !
- Tu plaisantes ?
- Ben non c’est super triste, tu le vois pas là en train de regarder son costume ! »

Quand il s’est tourné vers moi, il a compris que je ne plaisantais pas, décomposée que j’étais. En larmes. Il ne m’a pas prise pour une folle, mais limite. En tout cas, il n’a pas compris ma réaction ; moi non plus.

C’est seulement une semaine après que j’ai compris. En allant aux toilettes. En faisant pipi sur un petit bout de plastique. En voyant apparaître un petit trait bleu.

J’étais enceinte.

Et tout ça n’était qu’un début. Des prémices à 7 mois et demi (oui, je ne suis pas allée jusqu’au bout, mais ça je vous le raconterai une autre fois !) d’humeurs changeantes, de sentiments exacerbés, de face à face avec une femme qui n’était pas moi.

Tout le monde dans mon entourage avait hâte qu’enfin la délivrance arrive. Je pouvais passer du rire aux larmes dans la même conversation et sur le même sujet.

J’étais agressive, hargneuse. Je me suis même retrouvée un matin au supermarché, à deux doigts de me battre… La raison ? Une femme avait osé mettre son doigt sur un poulet, enfin sur le papier cellophane qui le recouvrait. Justement un poulet, je voulais en acheter un. Et j’imaginais tous les microbes que je pouvais transmettre à mon petit. Du grand n’importe quoi donc, mais je lui ai quand même sauté à la gorge ! Pauvre femme. Pauvres femmes.

Je n’ai pas aimé tout ça. J’avais toujours imaginé la grossesse comme un état de bonheur et de plénitude absolus. Je me voyais comme Blanche Neige entourée et suivie en permanence par des petits oiseaux… Résultat : j’étais plutôt comme le mec dans Tarzoon (La honte de la jungle… Grosse grosse référence qui ne parlera certainement qu’à 2% d’entre vous…), celui qui ne marche qu’en râlant et entouré de dizaines de mouches…

anti mouches De l’agonie à l’extase

Alors non, je n’ai pas aimé tout ça. J’adore mon fils. C’est la merveille des merveilles, mais je n’ai pas aimé ce déferlement d’hormones, je n’ai pas aimé ces montagnes russes permanentes, et non je n’ai pas aimé prendre 30 kilos.

Et si je dois encore me coltiner ça pendant 10 ans à la ménopause, moi je vous le dis tout de suite, c’est décidé : j’arrête de vieillir !

ArticlepubliéSobusygirls-rouge

Source photo : Tarzoon, La honte de la jungle (Picha 1975)

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Mon petit

Le 28 octobre 2013, 09:22 dans Humeurs 0

J’étais toute belle ce jour là pour aller chercher mon petit à l’école ! Je sortais d’un rendez vous professionnel important, et c’était de toute manière une journée importante puisque mon poussin allait passer son brevet de natation…

Cela faisait des semaines qu’il en parlait, nous avions du le repousser une fois car à la date prévue, un orage s’était abattu sur la piscine et les dégâts avaient été tels qu’elle avait fermé pensant trois semaines…

Mais là c’est le jour J;  les affaires sont prêtes, le gouter ultra vitaminé, l’appareil photo ultra pixélisé, la maman ultra excitée…

Je suis là devant la porte de l’école à attendre la merveille des merveilles quand soudain je le vois apparaître. L’amour de ma vie. La chair de ma chair, mon dieu vivant. Il est enfin là devant mes yeux…Le nez explosé, le visage ensanglanté… Mon cœur s’arrête de battre, je me sens partir loin, je voyage un une seconde dans le pays de la douleur et du chagrin. Je ne sais pas ce qu’il a mais je souffre déjà pour lui. Je sais ce que vous pensez, ce n’est pas possible. Mais si, pour une mère c’est possible.

Et là de femme je deviens Louve, je deviens Tigre, je sors mes griffes avant de bondir sur la seule responsable à mes yeux : son institutrice. Cette mauvaise femme à qui je confie la prunelle de mes yeux et qui ne l’a pas protégée…

Soutenue par le regard horrifié de toutes les autres mères présentes, je me sens galvanisée, j’ai l’impression d’être le porte drapeau en haut des barricades !

Je fonce et je hurle :

« Mais enfin pourquoi ne m’avez vous pas prévenue ?

-       Mais ce n’est rien du tout !

-       Rien du tout ! Vous plaisantez ? Je vais vous exploser le nez vous allez voir si ce n’est rien du tout, et en plus il devait passer son brevet de natation !

-       Et bien comme ça avec l’eau il va cicatriser plus vite !

-       Pars à la retraite espèce de vieille conne Pfff, n’importe quoi ».

Je prends mon fils et je pars, vite, très vite. J’ai juste envie de pleurer. Je trouve son attitude lamentable, mais je m’écrase, je ne veux pas faire de vague, je ne veux pas que ça retombe sur lui, il paraît qu’ils sont comme ça les instis, rancuniers. Je n’ai pas voulu prendre le risque de tester cette caractéristique, même si je pense qu’au fond c’est une idée reçue. C’est vrai, après tout, avant j’étais instit aussi et je ne suis pas rancunière. Ah mais si au fait, à mort… Elle va prendre cher la vieille.

Mon petit ne dit rien, il ne se plaint pas, il est juste déçu parce que son brevet est annulé pour la seconde fois. Je le trouve tellement courageux. A chaque fois que je le regarde dans le rétroviseur, j’ai envie de fondre en larmes. Je lutte.

A la maison nous retrouvons mon super-heros-de-mari, rentré plus tôt pour le brevet.

Je suis heureuse de le retrouver mon héros, il va s’occuper de nettoyer la plaie (bien sûr cela n’a pas été fait à l’école elle va prendre cher la vieille), je ne supporte pas la vue du sang, surtout celui de mon petit.

Finalement, tous trois à l'abri de notre cocon et voyant mon fils aller plutôt bien, ma colère s’apaise, et les larmes me montent un peu moins à la vue de son visage abîmé.

Mais au moment de passer à table, il lâche la phrase qui tue, celle qui fait que nous décidons de tout laisser en plan et de partir vite, très vite… « Maman, j’ai envie de vomir ».

Comme il a été poussé par un petit con alors qu’il était si sagement debout sur un muret, et qu’il est tombé sur la tête, nous pensons tout de suite au trauma crânien (rien de moins !) et partons en direction des urgences pédiatriques.

Après les formalités d’admission (je vous passe les détails et l’attente, c’est un vendredi soir 20H l’hôpital joue à guichets fermés), nous sommes reçus par une infirmière qui semble faire passer un interrogatoire à mon fils sur les conditions de l’accident.

Même si au fond de moi je comprends ses questions, je me sens agressée dans mon cœur de maman d’être suspectée de la sorte. Malheureusement il y a des monstres de pseudo parents qui font subir de tels sévices à leurs enfants et les soignants n’ont plus le choix.

Elle nous dirige ensuite vers un interne qui se trouve dans une salle sur la porte de laquelle est écrit :

« Salle de sutures »…

Je pense que je vais m’évanouir.

Je pense que je ne vais pas tenir le coup.

Je pense que je vais réclamer l’anesthésie générale ou l’internement. POUR MOI.

Je pense que je vais lui piquer l’aiguille et me recoudre moi même, pourquoi pas la bouche pour m’empêcher de hurler ?

Mais au lieu de penser je fais le choix d’agir et de prendre sur moi, pour lui.

Me voila tout sourire à plaisanter avec l’interne (est il assez compétent ?...), mais cela doit sonner si faux que mon super-héros-de-mari prend la main et gère la situation. Il prend aussi la main de mon petit bonhomme qui a davantage besoin à ce moment là du réconfort de son papa que de sa maman complètement flippée…

Le médecin inspecte, pose des questions, lave la plaie, mais rien.

Ni suture, ni trauma, nous sommes libres de rentrer chez nous.

Je suis joie, je suis euphorie, je suis reconnaissance éternelle. J’ai envie d’embrasser l’interne et de chanter dans les couloirs. Mais nous ne sommes pas au «Grey Sloan Memorial Hospital »… Alors je me dirige tranquillement vers la sortie.

Nous sommes tous trois sur le chemin de la maison, apaisés, mais épuisés de cette soirée forte en émotions et très riche en stress ; quand soudain nous entendons une petite voix à l’arrière de la voiture :

« Merci Papa, Maman, j’ai adoré cette soirée aux urgences »…

Les enfants sont formidables!

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